Les ingénieurs et les scientifiques
de la région Île-de-France
 
 
 
 
 

Actualités Introduction d'IESF au colloque historique sur Albert Caquot du 18 septembre 2026

Albert Caquot : l’héritage vivant d’un ingénieur visionnaire
 

Lors de la table ronde animée par Patrice Selosse, vice-président d’IESF Île-de-France, trois intervenants ont confronté leurs regards sur l’héritage scientifique, humain et entrepreneurial d’Albert Caquot. Cinquante ans après sa disparition, son parcours continue d’éclairer les défis auxquels sont confrontés les ingénieurs et les décideurs.

 

Scientifique, inventeur, bâtisseur et serviteur de l’État : les multiples visages d’Albert Caquot ont été évoqués au cours d’une table ronde entièrement consacrée à son héritage.

Animée par Patrice Selosse, vice-président d’Ingénieurs et Scientifiques de France Région Île-de-France, la rencontre réunissait Jean-Bruno Kerisel, petit-fils et biographe d’Albert Caquot, Fahd Cuira, professeur de géotechnique à l’École des Ponts et directeur général de Terrasol, ainsi qu’Olivier Tardy, arrière-petit-fils de l’ingénieur et Président de la holding Embregour.

En ouverture, Patrice Selosse a rappelé la capacité exceptionnelle d’Albert Caquot à observer, étudier puis réaliser.

L’objectif de la discussion était moins de dresser un inventaire de ses ouvrages que de comprendre pourquoi sa méthode et ses valeurs restent actuelles.

 

Jean-Bruno Kerisel a d’abord fait revivre l’homme derrière la figure historique.

Très proche de son grand-père, il avait 38 ans lorsqu’il disparut, il conserve notamment l’image d’un homme assis à sa table de travail jusque tard dans la soirée, poursuivant ses recherches jusqu’à l’âge de 97 ans.

Il se souvient de ses dessins tracés avec une mine très fine sur du papier millimétré, mais aussi de son étonnante faculté à trouver rapidement une solution lorsqu’un problème lui était soumis. 

À ces souvenirs personnels s’ajoutent quelques règles de vie : penser aux autres avant de penser à soi, considérer le travail comme une noblesse et ne jamais se satisfaire d’un projet étudié à 95 ou 98 % lorsqu’il pouvait l’être à 100 %.

Jean-Bruno Kerisel a ainsi dessiné le portrait d’un homme d’une grande énergie, à la fois audacieux, persévérant, indépendant d’esprit et profondément modeste.

Sa vision globale lui permettait de concilier les contraintes techniques, économiques, humaines, environnementales et de sécurité.

Le message qu’il adresserait aujourd’hui aux ingénieurs pourrait se résumer en quelques impératifs : maîtriser sa technique, décider dans les moments critiques, vérifier ses hypothèses et toujours placer la fiabilité de l’ouvrage au premier rang.

Jean-Bruno Kerisel a également insisté sur l’importance de conserver la mémoire scientifique et technique, rappelant qu’Albert Caquot fut à l’origine, dès 1919, du Conservatoire de l’aéronautique, devenu le Musée de l’Air et de l’Espace, le plus ancien musée aéronautique au monde. Il indique que deux vitrines avaient été inaugurées l’avant-veille du colloque, dont l’une avec son buste et son épée d’académicien.

 

Le regard de Fahd Cuira a ensuite permis de mesurer la permanence de l’œuvre scientifique de Caquot dans la géotechnique moderne.

Selon lui, les travaux menés par Albert Caquot et Jean Kerisel sur la poussée et la butée des terres ont transformé des théories complexes en instruments de calcul directement utilisables par les ingénieurs.

Ces travaux demeurent des références pour le dimensionnement des murs de soutènement et continuent d’influencer les normes contemporaines, notamment les Eurocodes. 

L’héritage de Caquot est également perceptible dans les méthodes modernes d’analyse des interactions entre le sol et les structures.

Bien avant le développement des puissants outils numériques actuels, il avait compris les limites d’un raisonnement fondé uniquement sur l’élasticité et la nécessité d’étudier la résistance globale d’un ouvrage.

Fahd Cuira a surtout souligné la capacité de Caquot à réunir trois dimensions trop souvent séparées : la recherche, l’enseignement et l’observation du terrain.

Face à une tendance croissante à l’hyperspécialisation, sa culture généraliste constitue une invitation à regarder au-delà des frontières de sa propre discipline.

Cette approche serait particulièrement précieuse pour affronter les conséquences du changement climatique, le retrait-gonflement des sols, l’érosion, les événements hydrauliques extrêmes et le vieillissement des infrastructures.

La prolongation de la durée de vie des ouvrages, leur transformation et leur réutilisation auraient probablement passionné Albert Caquot, tout comme la recherche de constructions plus sobres en matière, en énergie et en empreinte environnementale. 

 

Olivier Tardy a prolongé la réflexion en l’inscrivant dans le monde de l’entreprise et des grandes infrastructures.

Il a rappelé que la décarbonation suppose des investissements considérables pour produire, distribuer et conserver l’énergie, tandis que l’entretien du patrimoine existant devient un enjeu national majeur.

Il a cependant regretté que la « méthode Caquot » se soit quelque peu effacée dans la conduite de certains projets publics, au profit de préoccupations administratives ou juridiques parfois éloignées de la réalité technique.

Sa formule — « observer pour comprendre, innover pour servir » — pourrait, selon lui, retrouver toute sa place dans l’élaboration et l’évaluation des grands projets. 

Pour les entrepreneurs, l’exemple de Caquot enseigne qu’il faut rechercher les causes profondes d’un problème, ne pas craindre de sortir des sentiers battus et persévérer malgré les obstacles.

Olivier Tardy a aussi livré un souvenir familial révélateur : pour ses six ans, son arrière-grand-père lui avait offert une boîte à outils afin de lui transmettre le respect du travail manuel et cette indispensable « alliance de la main et du cerveau ».

Interrogé sur le grand chantier contemporain qui aurait pu susciter la curiosité d’Albert Caquot, il a cité ITER, à Cadarache, où la complexité du tokamak rejoint la promesse d’une énergie décarbonée et l’ambition d’une coopération scientifique internationale. 

 

En conclusion, Patrice Selosse a invité chacun des intervenants à définir l’héritage le plus précieux laissé par Albert Caquot aux ingénieurs et aux décideurs.

Pour Fahd Cuira, son parcours rappelle que la réussite ne prend véritablement son sens que lorsque le travail et le talent sont placés au service d’une cause qui nous dépasse.

Jean-Bruno Kerisel a retenu une exhortation simple et exigeante : travailler, dans l’intérêt des autres et y trouver son propre accomplissement.

Olivier Tardy a insisté sur la compréhension des mécanismes, la primauté de l’expérimentation sur les idées préconçues et l’humilité nécessaire pour reconnaître ce que l’on ne comprend pas encore.

 

Au terme de ces échanges, une conviction commune s’est dégagée : au-delà de ses ponts, de ses barrages, de ses ballons et de ses inventions, Albert Caquot nous lègue une manière d’être ingénieur — observer avec attention, raisonner avec rigueur, innover avec audace et mettre la science au service 

 

Retour

 

Partenaires

Association Nationale des Docteurs
Association Nationale des Docteurs
Alumni EIDD
Alumni EIDD
MGEU
MGEU