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Tribune : Le marché de l’enseignement supérieur
 

Dans plusieurs pays, l’enseignement supérieur est dans les mains d’actionnaires privés. Le cas le plus souvent cité est celui des Etats Unis, mais ce n’est pas le seul. Qu’en est-il en France ?

 

L’enseignement supérieur privé en France scolarise 18% des étudiants contre 10 % il y a une décennie. Cet enseignement est donc un domaine dynamique, qui profite des effets démographiques et qui attire les investisseurs en quête de rentabilité forte, espérée même jusqu’à 15%.

 

Cet attrait a plusieurs causes :

 

L’analyse de rentabilité des différents secteurs montre que la marge réalisée dans le secteur éducatif est une des plus importantes. Aussi les fonds d’investissements, disposant de liquidités, trouvent dans le marché de l’enseignement supérieur un secteur profitable.

 

De plus, les écoles sont intéressantes car elles disposent d’une trésorerie importante grâce aux frais de scolarité payés en début d'année, trésorerie dont la gestion peut être source de profit.

 

Enfin, les établissements d'enseignement supérieur français, malgré des classements internationaux plutôt médiocres, bénéficient d'une excellente réputation internationale et constituent donc un placement sûr.

 

Les investisseurs sont des fonds français et étrangers, de taille et de nature variées ou des sociétés de capital-risque.

 

La première grande acquisition d'un groupe d'enseignement supérieur par un fonds remonte à une dizaine d'années, avec la vente, en 2006, de la marque ESG. 

Ces dernières années, on a assisté à plusieurs grosses opérations d’achats (plusieurs dizaines voire centaines de millions d’euros).  La consolidation ou le regroupement de certaines écoles dans le commerce et dans le numérique, mais aussi des cours de formations plus techniques demande des actifs que des investisseurs extérieurs à ces domaines peuvent apporter.  Les opportunités sont donc immenses.

 

Actuellement, le marché est calme et comme il est peu probable que l’attrait du gain se tarisse, on serait donc plutôt dans une période cyclique de basse activité. En effet, les fonds qui investissent pour une durée de cinq à sept ans devraient bientôt revendre, et un certain nombre de grosses opérations pourraient avoir lieu dans les deux ou trois années à venir à des prix encore plus élevés.

 

Soyons vigilants car les écoles d’ingénieurs sont encore à l’abri de ce marché mais pour combien de temps?

Enfin, cette évolution pose la question de la propriété du savoir et de sa diffusion. Un exemple : les équations de Maxwell n’appartiennent à personne et font partie du fonds commun du savoir de l’humanité. En ce sens, tout le monde doit y avoir accès. Assurer la transmission du savoir par un enseignement publique, c’est donner à tous les mêmes chances d’y accéder. Faire du savoir et de sa transmission un objet de consommation qui a un prix, c’est creuser plus encore les inégalités. Le débat est lancé et mérite d’être nourri.

 

Luc UZAN

 

 

 

 

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