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IESF IDF 12 février : Colloque IESF Île-de-France – « Ingénieurs et docteurs dans la création d’entreprise »

Vous avez dit : Hantavirus ? Par Jeanne Brugère Picoux
 



Cas d’infections par l’hantavirus  des Andes dont trois décès sur un bateau néerlandais 

Des contaminations limitées mais évoluant sur plusieurs jours avec un temps d’incubation pouvant atteindre 42 jours


Par Jeanne BRUGERE PICOUX**

 

Au début de la croisière destinée à observer des oiseaux, la mort d’un passager néerlandais âgé de 70 ans (le 11 avril après avoir présenté des symptômes le 4 avril), quelques jours après son embarquement le 1er avril sur le bateau MV Hondius à Ushuaia, fut considérée comme naturelle avec un choc respiratoire. Mais lors du débarquement de son corps à l’escale de St Hèlène le 22 avril, son épouse âgée de 69 ans qui l’accompagnait, malade à son arrivée, ne pourra pas continuer son voyage, débarquée juste avant le départ de l’avion Johannesbourg-Amsterdam du fait de son état de santé à l’escale de Johannesbourg (elle y décédera le 25 avril). L’hypothèse d’une « épidémie » rappelant l’épidémie de Covid-19 sur le « Diamond Princess » deviendra évidente avec l’isolement d’un hantavirus « Andes » (mortel jusqu’à 38%) chez la néerlandaise décédée et l’observation d’autres cas : (1) un troisième chez un passager du bateau justifiant son évacuation pour des soins intensifs en Afrique du Sud ; (2) un quatrième avec le décès à bord d’une passagère allemande le 2 mai ; (3) des symptômes chez deux membres de l’équipage (évacués aux Pays-Bas, confirmés plus tard positifs). La situation s’est compliquée du fait que, sur les 30 passagers débarqués à St Hélène, il y a eu par la suite deux nouveaux cas confirmés (l’un est hospitalisé en Afrique du Sud et l’autre à Zurich) démontrant l’importance de rechercher les autres « cas contacts croisiéristes » avec la difficulté de tracer leurs voyages ultérieurs, 12 pays étant concernés (vols directs ou correspondances, arrêt dans certains pays, risque de contaminations secondaires…)

Cette traçabilité d’autres contaminations à partir de ces « cas contacts croisiéristes » est remarquable. Ainsi il a fallu aussi rechercher les « cas contacts non croisiéristes » ayant pris le vol international Ste Hélène-Johannesbourg puis le vol Johannesbourg-Amsterdam où fut présent convoyé le deuxième cas décédé. Au 10 mai 2026, aucun cas secondaire n’a été identifié parmi ces derniers (dans le premier vol parti de Ste-Hèlène, seul l’un des huit « cas contacts non croisiéristes » français identifiés fut sous surveillance du fait de symptômes discrets (avant d’être finalement testé négatif le 8 mai au soir). Il en est de même pour les 14 ressortissants français identifiés parmi les autres « cas contacts » du vol Johannesbourg-Amsterdam soit au 11 mai un total de 22 ressortissants français concernés et surveillés.

Cette traçabilité et la mise en place des mesures de sécurité strictes destinées à éviter la circulation de ce virus mortel varient selon les pays, mais une épidémie à l’image de la Covid est improbable malgré la capacité de transmission interhumaine du virus comme le démontrent les foyers observés dans les pays d’Amérique du Sud habituellement infectés (Chili, Argentine…). De plus le réservoir animal sud-américain de ce virus, le rat pygmée à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus) n’existe pas en Europe. L’homme se contamine surtout par inhalation d’aérosols contenant urine, salive ou fèces de rongeurs infectés.  

La personne infectée sera super-excrétrice du virus jusqu’à 3 jours avant de présenter un syndrome pseudo-grippal parfois discret qui peut s’aggraver rapidement lorsque la personne n’est pas hospitalisée d’urgence dans un hôpital. Cette aggravation correspond à une endothélite (virale et inflammatoire) associée à une augmentation brutale de la perméabilité capillaire (syndrome cardio-pulmonaire) avec un taux de létalité important (en moyenne 40%). La progression rapide de l’œdème pulmonaire associé à un syndrome de détresse respiratoire aiguë, une hypotension, un choc cardiogénique (avec des conséquences hépatiques, rénales et spléniques) nécessite une intervention rapide notamment la mise en place d’une technique de circulation extracorporelle qui détourne la circulation sanguine assurant à la fois le rôle de pompe cardiaque et d'oxygénateur pulmonaire (ECMO ou Extra Corporeal Membrane Oxygénation). 


Situation au12 mai 2026

A la date du 10 mai 2026 le virus isolé apparait identique à celui qui sévit en Amérique du Sud ou le couple décédé a circulé avant leur embarquement mais des travaux sont en cours pour vérifier si il a subi une mutation ayant pu le rendre plus pathogène. Le délai de 4 jours entre l’embarquement et le début des symptômes chez le patient zéro témoigne d’une contamination antérieure à l’embarquement du 1er avril (et non liée à la présence de rongeurs sur le bateau). Face à ces cas liés au virus Andes sur un bateau de croisière, il est difficile de répondre à de nombreuses questions qui peuvent encore se poser, notamment sur la possibilité de cas asymptomatiques ou en cours d’incubation plus ou moins excréteurs du fait du caractère exceptionnel de cette situation. Si le risque serait modéré selon l’OMS quant à une contamination comme la Covid 19, il faut rappeler que, parmi les hantavirus, seul le virus des Andes se distingue par la possibilité d’une transmission interhumaine lors de contacts. Le confinement dans un milieu très clos (le bateau) peut expliquer la contamination qui a été possible avec cet hantavirus particulier à partir d’un patient zéro. Mais la particularité de connaître ce patient zéro dans le contexte d’une croisière et de pouvoir tracer les cas contacts primaires dans le bateau et secondaires pendant des voyages est une aide précieuse pour juguler par des mesures sanitaires d’autres contaminations et surtout de prendre en charge rapidement toute personne avertie d’une possible contamination dès les premiers symptômes.

Le10 mai le débarquement des passagers du MV Hondius a permis leur évacuation vers leurs pays respectifs. Parmi les cinq ressortissants français (dont deux vétérinaires) sous surveillance sanitaire pendant 72 heures à Paris à l’hôpital Bichat, une femme a présenté une hyperthermie pendant son transport et ce matin du 11 mai, l’infection par le virus des Andes a été confirmé alors que son état s’est dégradé nécessitant une réanimation (son état s’est stabilisé). Pour les quatre autres cas contacts français une quarantaine stricte de 15 jours est maintenant prévue en milieu hospitalier avec des contrôles réguliers pour surveiller une éventuelle phase prodromique de l’infection depuis les décrets.  À l’issue d'une réunion interministérielle à Matignon le 11 mai, le Premier ministre Sébastien Lecornu a renforcé aussi les mesures concernant les cas contacts non croisiéristes » en annonçant dans la soirée « pour tous les cas contacts, sans exception », une « quarantaine renforcée en milieu hospitalier », dans un message posté.

Combien de « cas contacts infectés » par ce virus Andes au 12 mai ? Sur les 17 passagers américains retourné au Nébraska, l’un s’est révélé positif et un autre serait suspect d’être infecté. Sur les 14 ressortissants espagnols débarqués hospitalisés l’un s’est révélé positif sans symptômes et un autre test doit confirmer cette suspicion. Il y aurait donc 10 cas confirmés d’hantaviroses dont 3 décès et un cas suspect au 12 mai 2026 et on ne peut pas exclure la possibilité d’autres cas dans les semaines à venir, justifiant la mise en place actuelle des mesures de précaution.

La seule étude très documentée sur le virus des Andes a concerné un foyer en Argentine avec quatre vagues successives de contaminations entre novembre 2018 et février 2019 conduisant à 34 cas et 11 décès (Martinez et al, 2020)*. La première transmission eut lieu lors d’un repas d’anniversaire avec un patient index contaminant ses 5 voisins dont l’un (patient 2) décédera après avoir infecté 6 personnes dont son épouse. Lors de sa veillée funèbre cette dernière, présentant déjà des symptômes, transmettra le virus à 10 personnes supplémentaires dont l’une contaminera 3 personnes. 

Cette étude a permis d’estimer des temps d’incubation variant de 14 à 40 jours avec un taux de mortalité pouvant atteindre 38%, de souligner le risque de transmission secondaire pour les cas contacts (dont la possibilité d’une transmission nosocomiale) mais aussi d’un risque accru avec certains malades « super propagateurs » du fait d’une charge virale importante, un taux de reproduction de la maladie de 2,12 (représentant le nombre de cas secondaires contaminés par un malade diminuant à 0,96 lors de mesures sanitaires). La découverte de deux cas supplémentaires d’infection le 11 mai l’un en France (symptomatique), l’autre en Amérique (asymptomatique) témoigne de la vigilance nécessaire sur les cas contacts primaires (les croisiéristes) et secondaires (« cas contacts non croisiéristes » dont 22 ressortissants français actuellement répertoriés).

Un foyer humain lié à une hantavirose dans un cadre touristique est exceptionnel. On peut rappeler celui de l’été 2012 où un autre hantavirus connu en Amérique du Nord, le Sin Nombre virus fut à l’origine d’une série de pneumonies graves dans le parc national de Yosemite en Californie (10 cas confirmés avec 3 décès). A la différence du virus Andes (localisé en Amérique du Sud et seul hantavirus se distinguant par une transmission interhumaine), la contamination avait pour origine des souris se nichant dans l’isolant des parois d’un hébergement de camping. Ces cas cliniques furent très médiatisés pour alerter les touristes ayant pu être contaminés lors d’un hébergement dans le camping.




 

Quel risque en France avec les hantavirus ?

Contrairement au continent américain ou les hantavirus sont responsables d’un syndrome cardio-pulmonaire, les hantavirus rencontrés en Europe et en Asie sont à l’origine de fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) avec un taux de létalité moindre (0,4%). (En Guyane des cas mortels ont été observés avec l’hantavirus Maripa transmis par des rongeurs sauvages). 

Les quatre espèces d’hantavirus zoonotiques circulant sur le continent européen sont les virus Puumala (PUUV), Séoul (SEOV), Dobrava-Belgrade (DOBV) et Tula (TUV). Les plus importants en France sont PUUV et SEOV. 

Les cas humains de FHSR dus à PUUV sont principalement détectés dans le quart Nord-Est du territoire où l’on peut observer des épidémies localisées. La contamination humaine est principalement associée à la présence de rongeurs sauvages qui vivent dans les habitations (granges, greniers, remises, cabanes abandonnées, etc.). L’Homme se contamine par contact avec les fèces, l’urine ou la salive du rat, généralement sous forme d’aérosols lors d’interventions dans les greniers ou les granges ou, plus rarement, par morsure.  Entre 2012 et 2023, l’Institut Pasteur a recensé 1299 cas confirmés d’hantavirose (FHSR) liés au virus PUUV surtout dans le Nord-Est.

Les cas humains d’infection par le virus SEOV sont sporadiques et peut-être sous-estimés. Les enquêtes réalisées entre 2010 et 2012 dans le Rhône par Florence Ayral à l’école nationale vétérinaire de Lyon ont montré que 14% des rats étaient infectés ;  (Bull Acad. Vét. De France, 2023). Mais le rat sauvage peut aussi contaminer d’autres rats (animaux de compagnie, de laboratoire, élevages pour nourrir des reptiles et vendus congelés...).

Ce n’est que depuis un peu plus de dix ans que l’on a découvert que les rats de compagnie pouvaient être aussi infectés par ce virus au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ce risque de transmission du SEOV par le rat de compagnie pourrait être supérieur à celui provoqué par les rongeurs sauvages du fait des contacts étroits entre le rat et son propriétaire, souvent un enfant. Ces cas liés aux rats de compagnie témoignent de l’importance en santé publique de cette hantavirose liée à un animal de compagnie non traditionnel (ACNT).

*Martinez et al, N Eng J Med, 2020, 383 ;2230-2241.

** Jeanne Brugère-Picoux est une vétérinaire française, spécialiste des pathologies des animaux d’élevage et des maladies émergentes. Elle est particulièrement connue pour ses travaux sur les zoonoses, les encéphalopathies spongiformes (« maladie de la vache folle »), les maladies aviaires et la santé publique vétérinaire. 

Elle a été professeure à l’École nationale vétérinaire d’Alfort, où elle a dirigé la chaire de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour. Diplômée vétérinaire en 1969, elle a obtenu une agrégation en pathologie vétérinaire en 1977.  

Elle est membre de l’Académie nationale de médecine depuis 1997 et a présidé l’Académie vétérinaire de France.  

Ses recherches et expertises ont porté notamment sur :

  • la tremblante du mouton ;
  • les prions et la crise de l’ESB (« vache folle ») ;
  • l’influenza aviaire ;
  • les maladies infectieuses émergentes ;
  • la santé publique vétérinaire et les risques zoonotiques.  

Elle a aussi participé à plusieurs comités scientifiques français et européens, notamment auprès de l’AFSSA/ANSES et de l’Académie nationale de médecine pendant la crise du Covid-19.  

Parmi ses ouvrages les plus connus figurent :

  • Maladies des moutons ;
  • Manuel de pathologie aviaire (ouvrage collectif de référence).  

Elle est souvent présentée comme l’une des grandes figures françaises de la médecine vétérinaire appliquée à la santé publique et aux maladies émergentes. 
 

Jeanne Brugère-Picoux est également membre du bureau de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences www.afas.fr





Nota : les images sont de la Rédaction IESF IdF 
 

 

 

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